#634 Regrets à demain
C’est arrivé ce lundi 2 janvier. Alors que j’eteignais mon cinquième réveil et me préparais à me lever pour aller me doucher avant de partir travailler, mon téléphone a sonné. À l’écran, je vois apparaître le visage souriant de ma mère. Pourtant, malgré ce sourire affiché je sais qu’un un appel maternel un lundi à 8h45 ne peut vouloir dire qu’une chose : il s’est passé quelque chose de grave. En un quart de seconde, je passe de l’état encore à moitié endormi à complètement éveillé et je répond. À l’autre bout des ondes, j’entends sa voix hésitante, choquée, dénaturée, m’annoncer que ma grand-mère nous a quitté dans la nuit. Pas sa mère, celle de mon père. Quelques mots supplémentaires échangés puis nous raccrochons.
Quelques instants pour réaliser. J’appelle mon boss pour prévenir que je ne viendrai pas travailler. J’envoie un e-mail avec mes instructions pour mes projets en cours. J’échange les billets de train de mes vacances prévues pour la semaine suivante. Je pleure.
Je me souviens de la dernière fois que je l’ai vue, lors de mes vacances précédentes en septembre. De la dernière fois que je lui ai parlé, le jour de Noël, pour lui souhaiter joyeux. Elle était complètement déconnectée, m’a confondu avec mon cousin et a appelé mon grand-père par le prénom de mon oncle pour me le passer au téléphone. Ses troubles de la mémoire étaient de pire en pire. La raison de mon plus grand regret vis-à-vis d’elle.
J’ai toujours eu du mal à communiquer avec mes grands-parents paternels. Les visites chez eux lorsque je passais en vacances à Fréjus étaient plus par formalité que par enthousiasme. De longs moments de silence, ou à répéter à chaque fois que non, j’étais toujours célibataire, que oui, je me plaisais toujours dans mon travail et à Paris. À écouter Mamie casser du sucre sur le dos de certains de mes cousins tout en encensant mes sœurs ou certaines de mes cousines.
Mais à ce moment tout ce à quoi j’ai pensé, c’est que j’ai regretté d’avoir manqué cette dernière occasion de lui parler et de lui dire que je l’embrassais fort. Parce que le 1er janvier, je n’avais pas vraiment le moral, parce qu’après la conversation vide de sens du jour de Noël, j’avais choisi de n’appeler mes grands-parents plutôt le 2 janvier, en espérant qu’elle serait moins désorientée si j’appelais hors du flot mélangé des vœux de toute la famille dès le 1er.
J’ai choisi de remettre au lendemain, et plus jamais je ne pourrai lui parler.

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